Webdesigner VS Graphiste

webdesign


L’erreur la plus fréquente liée à la méconnaissance du métier de Webdesigner c’est de le confondre avec celui de Graphiste. Du coup je fais un petit billet dessus parce que c’est légèrement fatiguant à la longue.

Il existe bien sûr des différences, ce sont deux métiers à part entière. Grossièrement :

Un Graphiste est un professionnel qui conçoit des solutions de communication visuelle. Il travaille sur le sens des messages à l’aide des formes graphiques qu’il utilise sur tous types de supports (souvent print). Il doit maîtriser les différents aspects liés à son domaine, typographie, couleurs, mise en page, jouer sur des symboliques, etc.

Un Webdesigner est en quelque sorte l’évolution du Graphiste (et je dis ça sans supériorité aucune) en plus de maîtriser les bases du graphisme, il comprend les contraintes du web entre les différentes technologies, les supports, l’ergonomie des interfaces, l’accessibilité, etc. De plus, il est capable de travailler sur tous types de médias, aussi bien sur le web, les mobiles, la vidéo et le print (généralement uniquement pour des réalisations simples comme des cartes de visites ou des flyers, sinon ça le fait iech). Et en plus souvent, il code (si, j’insiste, HTML5, CSS3 et JavaScript c’est rarement de la science infuse).

Si une entreprise cherche à produire des affiches, livres, pochettes d’album, retouches photo avancées, alors elle devra se tourner vers un Graphiste et non pas un Webdesigner. Quand une boite me demande « vous pouvez retoucher Monique de la compta pour qu’elle ait l’air de peser 200 kilos de moins sur la photo ? » bah clairement, ça me les brise un peu. Désolée Monique, je préfère gérer l’ergo du tunnel de paiement plutôt que de t’apprendre à te maitriser virtuellement devant un sachet de schoko-bons.

 

photoshop retouche photo

 

Les compétences exigées dans ces deux métiers, bien que liées au domaine artistique, ne sont pas les mêmes et exigent des formations distinctes. Il faut bien comprendre que contrairement à une affiche ou un flyer qui sont des documents statiques, un site est une interface homme machine (IHM). Ça diffère fondamentalement d’une création print dans le sens où cette interface est dynamique et que l’objectif principal est de créer une interaction directe avec l’utilisateur.

L’interface permet de faire des actions :

  • Dérouler un menu
  • Cliquer sur un bouton
  • Scroller dans la page

Mais elle permet aussi de générer des comportements :

  • Passer sur une zone avec la souris pour afficher un nouveau texte
  • Saisir du texte dans un champ pour afficher des résultats
  • Uploader des photos, des vidéos, de la musique
  • Laisser des commentaires, donner son avis

Ce fonctionnement dynamique rend donc la création d’une interface beaucoup plus complexe (d’un point de vue technique et non pas créatif) que celle d’une affiche. L’ergonomie et l’usabilité sont deux notions indispensables dans la conception d’un site alors qu’elles n’existent pas dans le print (du moins pas avec des contraintes techniques mais plutôt marketing et créatives).

On dénote une autre différence majeure : la lecture. Dans le print, l’utilisateur lit le contenu des documents. Sur internet, l’utilisateur scanne le contenu d’une page, mais ne le lis pas (et oui les filous, je sais que vous faites semblant). Ce qui implique d’avoir une approche très pointue en termes de structuration du contenu et de mise en valeur des informations clés pour créer des repères visuels efficaces (et je passe sur le SEO et compagnie). Enfin, une interface s’adapte, s’étire, selon les configurations d’écran de l’utilisateur, le responsive design demande un savoir-faire très spécifique. Une connaissance des technologies et supports numériques disponibles est obligatoire pour un webdesigner alors qu’elle est totalement inutile à un Graphiste (bon même si c’est un peu en train d’évoluer).

L’ignorance face à ces différences pousse beaucoup d’entreprises à poster des offres d’emploi très mal formulées, mal orientées. Internet regorge d’offres d’employeurs peu au courant des avancées technologiques et des nouveaux métiers. Des fois ils demandent même encore à recruter des « Webmasters » (AHAHAHAHAHAHAHA).


doctor laught


Demande à ton plombier s’il peut réparer ta télé parce que « c’est la même chose, t’as des outils », je pense qu’il te répondra posément d’aller niquer ta race.


Résultat chez les Webdesigners les salaires moyens pâtissent de la non différenciation entre les métiers des créatifs. Les grilles de salaires de Webdesigners (hors freelance) sont calquées sur celles des Graphistes, là encore les compétences techniques, en plus de celles artistiques, ne sont que très peu valorisées. Le salaire du webdesigner va de 24 000 à 38 000 euros selon l’expérience (sources : les internets). En freelance, selon les missions, les journées sont facturées entre 150 et 500 euros alors qu’en entreprise le salaire annuel brut moyen des webdesigners en 2011 était de 24 000 euros seulement. De nombreuses années d’expérience justifient une hausse du salaire pour égaler le freelance (au moins 5/6 ans). Alors que bon nous, we want money bitch.


obama money


Une petite vidéo pour résumer mon état d’esprit quand on m’embauche comme Webdesigner et qu’au bout d’un mois j’en suis réduite à juste faire des habillages de sites et des bannières Facebook :

 

Palomalice

Palomalice

Paloma Sterzati. Styliste des Internets. Ex-Freelance, j'ai confié ma carte de pouvoir à une école du Web pour être Adjointe à la Pédagogie et Designer de la comm'.

4 Commentaires

  1. Excellent article que je partage !
    Il devrait intéresser certain de mes clients. Ce qui ne comprennent pas et n’y connaissent rien et ceux qui ne veulent pas comprendre parce qu’ils n’ont pas envie de faire de compromis.
    Sinon, je ne voyais pas le métier de webdesigner aussi poussé, la bonne dénomination ne serait-elle pas « webdesigner & intégrateur » ?

    • Merci beaucoup :)
      En fait beaucoup de webdesigners ont les acquis des intégrateurs (bien que certains les passent malheureusement à la trappe), c’est très important de connaitre les technos disponibles pour pousser un design, une expérience utilisateur. En revanche une personne qui ne ferait que de l’intégration n’est pas forcément webdesigner. Le métier correspondant serait plutôt Front-End.

  2. Ton article et propre et concret, il reflète bien la réalité des choses.
    J’ai commencé l’informatique en tant que infographiste passion et freelance en m’auto-formant d’abord sur le concret et ensuite sur les bases. Certains diront que c’est faire les choses à l’envers, mais les fruits que cela a pu pondre démontreront complètement l’inverse en fait. C’est la meilleur formation au point de vue « méthode » (oui j’ai une dent et je suis très méfiant sur les milliers de pseudos formations valable pour tous les domaines qui sont très en dessous du niveau méthodologique attendu et très bas en France).
    Afin de poursuivre ma passion je me suis reconvertit, mais dans le développement, aujourd’hui je suis ingénieur développeur / chef de projet / ergonome / intégrateur / consultant SEO & SEM et webdesigner. Concrètement cela fait beaucoup de titre vue comme ça, mais c’est bien le rôle que j’endosse ou que j’ai pu endossé dans divers entreprises (je suis salarié et non plus freelance).
    Malgré que j’eus commencé autodidacte en tant qu’infographiste, je peux affirmé que je n’ai qu’une maigre expérience en comparaison à l’univers du web (NTIC). Car rien que l’infographie demande du temps pleins ainsi qu’une parfaite maîtrise de ce que cela englobe (imprimerie, format etc…). Et pourtant j’avais un niveau plus élevé que des infographistes qui avaient dix ans d’expériences (c’est loin d’être de la vantardise mais un constat, et ça fait peur concrètement car cela remet en question beaucoup d’infographiste que j’ai pu croiser).

    En « France » par contre concernant le webdesign comme tu le soulignes il y a une très mauvaise compréhension. De la part des clients c’est tout à fait louable, car c’est notre rôle à chacun de les conseillers, par contre dans notre propre coeur de métier de la part de supérieur je trouve cela complètement ahurissant (c’est une majorité).
    A l’internationale je n’ai pas rencontré autant d’écart dans la profession, où en France il y a un mélange et un amalgame de beaucoup de postes dans le web.
    C’est simple, une majorité de professionnelles se disant « webdesigner » n’en sont pas du tout ou très loin.
    Les métiers de l’informatique ont beaucoup évolué (j’effectue une veille permanente sur le sujet). Autrefois un webdesigner se devait de connaître le HTML/CSS et l’intégration, dans une moindre mesure Flash (mais c’était un gros plus).
    L’intégrateur « devait » faire réellement un travaille de continuité en passant par le maquettage, l’intégration de la maquette et un peu de développement de module javascript ou actionscript. Mais dans la réalité cela n’était pas le cas, car les profiles étaient très rare.
    Aujourd’hui, et je vous le dit, le développeur frontend est un développeur / intégrateur à part entière en développement javascript (le flash est bien mort dans le web ne vous y trompez pas, on ne parle pas de « cas » unique).
    L’intégrateur d’avant est devenue un développeur frontend avec un développement javascript plus poussé (nodejs & framework js). Il est aussi amené à concevoir la webdesign mais comme souvent en France les entreprises veulent de la qualité mais en dépensant des pinut’s (le problème vient des recruteurs interne entreprise).
    Le développeur frontend que je décris est entrain tout doucement d’arriver en France, cela fait pourtant plus d’un an que l’on aurait dû y être en rapport aux besoins technologique et ressources.
    Hors on demande à des développeurs d’en plus faire du développement / intégration js. Perso pour des personnes qui ont des compétences variés comme j’ai c’est pas un problème (sauf si on déteste l’intégration lol) mais cela ne se trouve pas non plus comme ça sur la moyenne.

    Mes compétences couvres toutes les parties IT sauf le réseau (faut pas pousser il me faudrait une deuxième vie ou pas de vie à côté).
    Un webdesigner aujourd’hui se devrait de connaître la « programmation » javascript via framework etc… Hors nous avons encore une bonne batterie d’infographiste qui s’improvisent « webdesigner » alors qu’ils ne connaissent même pas l’intégration (html5/css3) c’est vous dire le faussé aujourd’hui qu’il y a (ne prenez pas mal si il y a des infographistes pseudo webdesigner ici qui se sentent visé, mais la faute vous revient, c’est une question d’autoformation qui aurait du être fait il y a des années déjà).
    Je ne vise personne ici, je ne connais personne, mais je le dis en espérant que certain se sentiront visé et qu’ils se remettront en question et plutôt se perfectionner dans un domaine qui leur est propre afin d’éviter de tout mélanger.

    Et comme tu le dis @Palomalice je n’ai même pas parlé de responsive, car c’est une lacune que l’on rencontre considérablement sur des appelles d’offres et certains responsable au lieu de dispatcher convenablement les tâches en fonction des bonnes ressources/compétences en viennent à te cloisonner dans un rôle.
    Dans beaucoup de boite que j’ai rencontré tout était sur mon CV, mes réalisations, mes compétences, il suffisait de regarder pourtant, mais on te cloisonne et certain endosse un rôle qui ne leur convient en rien. J’ai un associé d’une entreprise qui s’improvise « webdesigner » sans connaître un chouilla l’ergonomie des métiers du web, sans connaître les conventions du web et même les contraintes du responsive c’est dire ! (mais on peut pas dire grand chose vue que c’est l’associé du patron, donc faut faire passer autrement, mais tu n’as pas trop envie de former un mec qui devrait déjà avoir ces compétences).
    Cela impacte considérablement le workflow d’un projet c’est très frustrant.

    Désolé pour ce pavé ! J’ai tendance à beaucoup écrire afin d’essayer d’être le plus précis possible, j’adorerais de nouveau échanger en tous les cas sur le sujet.

  3. Super, merci d’avoir partagé, cest pas exactement ce que je cherche, mais j’ai déjà de quoi faire, bonne source d’inspiration :)

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